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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 15:24

Il y a deux jours, le cours de blé affichait un record absolu à la bourse de Chicago, à 11,53 $ le boisseau. Du jamais vu ! Soit une hausse de 120% en un an et de 30% depuis le début de l'année.

Le blé de qualité supérieure coté à Minneapolis, celui qu'on utilise pour le pain et les pâtes, est en hausse de plus de 65% depuis le début de l'année ! Oui, vous avez bien lu : plus de 65% en un mois et demi. Il atteignait la semaine dernière un record de 15 $. Hier, il clôturait à 17,63 $, échéance mars !

C'est lui qui tire incontestablement toutes les autres qualités de blé à la hausse.

Le cours du blé semble être pris dans un tourbillon haussier qui s'accélère... jusqu'où ira-t-il ?

Sommes-nous confrontés à une bulle ? Comme celle du nickel en mai dernier, ou celle de l'uranium cet été ?

Les faits, rien que les faits
Le blé coté à Chicago a clôturé suspendu à la hausse plusieurs séances d'affilées ; et la situation est encore bien plus tendue à Minneapolis. Les suspensions de cotation à la hausse s'y suivent et se ressemblent !

A tel point que les places boursières de Chicago, Kansas City et Minneapolis ont doublé les appels de marge sur les positions des traders.

Le ministère américain de l'agriculture a annoncé qu'il allait mettre sur le marché une partie de ses stocks stratégiques ! Histoire d'apaiser les tensions...

Les stocks sont sur une mauvaise pente...
Côté offre, je vous rappelle que les stocks de blé aux Etats-Unis, principal exportateur, sont tombés à leur plus bas niveau depuis 60 ans. Le dernier rapport de l'USDA anticipe une chute des stocks de blé américain à 272 millions de tonnes d'ici la fin de la saison en mai prochain. Soit un recul de 40% par rapport à l'année précédente. Il faut remonter à 1948, juste après la guerre, pour trouver un stock de blé aussi bas !

L'autre grenier à blé, celui du Canada, est en recul de 30% sur un an !

Pas de répit côté consommateurs
L'Inde, deuxième consommateur mondial de blé avec ses 800 millions d'habitants, n'est plus autosuffisante depuis 2006. Le pays vient de faire savoir qu'il devrait encore acheter d'importantes quantités de blé pour reconstituer ses réserves dans les prochains mois. On s'attend à ce qu'il achète environ 3 millions de tonnes de blé sur l'année qui démarre en avril prochain.

Plus globalement, la consommation à toutes les chances de se maintenir à des niveaux élevés dans les mois à venir. La demande restera forte.

Côté producteurs, la visibilité est difficile
Entre l'Australie, deuxième exportateur où sévit sécheresse sur sécheresse depuis quelques saisons ; la Russie, autre grand grenier à blé, qui impose une taxe de 40% sur ses exportations de blé pour les limiter au maximum et reconstituer ses réserves ; et l'Argentine qui brouille sans cesse les pistes, difficile d'y voir clair.

L'Argentine est le cinquième exportateur mondial. Etant donné les tensions sur le marché du blé, inutile de vous dire que les décisions agricoles argentines pèsent lourds sur les cours. Or pour maîtriser ses tensions inflationnistes internes, le pays tantôt restreint ses exportations de blé, tantôt rouvre grand les vannes... et, à chaque fois, les cours du blé à Chicago valsent !

Et maintenant ?
Concernant le cours du blé de référence coté à Chicago, surveillez les choses de près. Il est revenu en quelques heures de 11,53 $ à 9,80 $ le boisseau. A l'instant où je vous écris, il rebondit un peu au-dessus des 10 $.

Je déconseille d'entrer sur le marché à ce niveau de cours. Le potentiel haussier à court terme me paraissant moins important que le potentiel baissier.

Premier seuil à surveiller : celui des 9,60 $ qui, s'il était franchement enfoncé, pourrait pousser le cours jusque vers le support des 7,50 $.

Second seuil à surveiller : les 7 $. Là se situe une montagne d'ordres de ventes automatiques qui, s'ils devaient se déclencher, entraîneraient une avalanche à la baisse sur les cours du blé. Si cela devait se produire, ce serait une opportunité en or massif pour vous positionner sur le marché !

N'oubliez pas 
Les stocks sont bas, la demande élevée, l'offre tendue. L'urbanisation gagne sur les campagnes, la population mondiale croît et les biocarburants se développent. Fondamentalement, les choses n'ont aucune raison de s'améliorer significativement dans les mois, voire dans les années à venir -- et l'effet de ciseau me paraît inévitable à terme.

A moins que Dame météo ne décide de devenir soudainement beaucoup plus clémente -- le temps d'une saison...

Mais ne nous y trompons pas : le réchauffement climatique a plutôt tendance à nuire globalement aux récoltes de blé. Et la tendance à long terme côté climatique n'est pas pour me rassurer. Pour avoir longuement étudié la question, je suis franchement pessimiste sur ce point.
Source : L'Edito Matières Premières (14/02/08)

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