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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 11:00

Lorsque le cours du blé a touché les 13,49 $ en février, je vous ai clairement conseillé de vendre le blé, prétextant une bulle. Trois semaines plus tard, elle a éclaté et le cours a depuis reculé de 35%. Je vous donne aujourd'hui mon avis sur les perspectives du blé...

Petits rappels avant de commencer...
Le blé est l'une des céréales les plus consommées dans le monde, juste derrière le maïs. 20% des besoins caloriques de la population mondiale sont couverts par le blé. Mais on retrouve aussi le blé dans l'alimentation des élevages animaux en pleine expansion.

En 2003, le plus gros producteur de blé était la Chine avec 21% de la production mondiale, suivie par l'Inde (17%), les USA (15%), la Russie (8%), la France (7,5%), le Canada (5,6%)...

Les plus gros exportateurs sont les Etats-Unis, l'Europe, la Russie, l'Australie, l'Argentine et les plus gros importateurs sont le Brésil, l'Egypte, l'Algérie et la Chine.

Commençons par faire un point sur les fondamentaux...

Pas de répit côté demande
La consommation 2003/2004 s'est élevée à 588 millions de tonnes. Elle devrait être d'environ 617 millions de tonnes cette saison, en hausse de 5%. Le trend est donc haussier. Logique : la population croît et va continuer de croître.

Mais ce n'est pas tout : le pouvoir d'achat de la population mondiale, avec l'émergence des BRIC, croît lui aussi très fortement. Une classe moyenne gigantesque est en train de voir le jour. Ces populations, principalement asiatiques, consomment donc plus, mieux et surtout différemment. La consommation de viande augmentant fortement, il faut plus de céréales pour nourrir les animaux d'élevage. La pression est donc double sur le blé.

Ajoutons à cela l'expansion des biocarburants qui ponctionnent une partie toujours plus importante de la production de blé.

D'ici 15 ans, la demande pourrait croître de 60%
Vous comprenez pourquoi la demande croît et continuera de croître dans les années à venir. Selon certaines études, la demande pourrait atteindre un milliard de tonnes en 2020 contre 617 millions aujourd'hui ! Une hausse de plus de 60%. Or pour l'instant, on n'arrive pas à faire face à cette demande...

Sachant que la demande est inélastique au prix, car le blé est un besoin primaire dont en ne peut se passer, les choses peuvent aller loin...

Parlons de l'offre justement ?
Difficile d'y voir clair, car les caprices de la météo peuvent, comme cette année, faire beaucoup de dégâts et accroître la pression sur le marché déjà très juste. Le niveau de production est contraint par différents facteurs :

- Il va falloir faire face dans les années à venir au réchauffement climatique qui a récemment déjà désorganisé le marché du blé. Et qui dit réchauffement, dit raréfaction de l'eau. Or il faut 1 200 litres d'eau pour produire un kilo de blé. A l'avenir, avoir des terres cultivables ne suffira plus. Il faudra aussi avoir suffisamment d'eau pour faire pousser les récoltes. Ce qui réduira les rendements.

- Parallèlement, avec l'urbanisation croissante, il est de plus en plus difficile de maintenir des terres agricoles cultivables. L'une des rares possibilités d'expansion reste le déboisement dont on connait les méfaits. Un seul exemple : urbanisation, désertification et pollution entraîne en Chine une contraction des surfaces agricoles de quelque 0,8% par an ! Or il manque en Chine aujourd'hui déjà quelque 20 millions d'hectares pour nourrir la population...

- Autre possibilité pour accroître la production : les engrais qui peuvent améliorer la productivité, ou les OGM ! Encore faut-il qu'ils soient efficaces et qu'on puisse y avoir accès. Mais en termes d'environnement, ces alternatives sont un désastre...

Une bonne nouvelle toutefois : selon le dernier rapport du ministère de l'agriculture US, les terres agricoles consacrées à la culture du blé aux Etats-Unis devraient légèrement augmenter cette année, au détriment du maïs.

Un marché structurellement déficitaire
Depuis 2000, sur les huit récoltes de blé effectuées au niveau mondial, sept étaient déficitaires. La consommation dépasse la production. La saison actuelle ne devrait pas déroger à la règle.

C'est la raison pour laquelle les stocks de blé fondent. A force de pomper dedans pour compenser le manque d'offre, la situation devient alarmante.

Les stocks sont sur une mauvaise pente…
Les stocks de blé aux Etats-Unis, principal exportateur, sont tombés à leur plus bas niveau depuis 60 ans. En recul à près de 19 millions de tonnes cette année contre 23 millions l'an passé.

L'autre grenier à blé, celui de Canada, voit son stock également reculer de 30% sur un an !

Au niveau mondial, alors que le stock affichait en 2004/2005 150 millions de tonnes, il est tombé en 2006/2007 à 124 millions de tonnes. La saison 2007/2008 devrait se terminer avec un stock inférieur à 110 millions de tonnes. Une chute de 27% en trois ans ! A ce rythme, le stock sera vide dans dix ans... mais n'extrapolons pas.

Sachant que la consommation mondiale s'élève à 617 millions de tonnes, soit 51 millions par mois en moyenne, nous avons seulement deux mois de stock devant nous. C'est peu.

Voilà pour les fondamentaux. A long terme, ils sont clairement porteurs. Aucun doute sur ce point.

Dans le prochain Edito, nous analyserons ensemble les données graphiques et je vous livrerai mon opinion sur l'évolution à venir du blé et les opportunités qui en découlent.

Source : L'Edito Matières Premières du 22/04/08

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