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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 14:23

Le prix du riz continue de grimper à un rythme vertigineux et, désormais, plus que problématique. Les proportions de la pénurie actuelle prennent une tournure dramatique et quasiment jamais vues en temps de paix depuis un siècle. Conjuguée aux autres hausses des prix des denrées agricoles, la pénurie contribue ainsi au développement d'une véritable crise alimentaire mondiale.

 

Bientôt les 30 $ ?
Le prix du contrat futur a grimpé de 80% depuis le début de l'année. Il a même récemment touché les 25 $ le demi-quintal après une hausse de 20% juste pour le dernier mois écoulé !

Les analystes spécialisés parient même que le prix devrait rapidement atteindre les 30 $ malgré des prises de bénéfices inéluctables sur un marché atteint à la fois par un déséquilibre profond entre l'offre et la demande mais aussi par la spéculation financière. Un des produits les plus demandés, le riz blanc de référence thaïlandais de catégorie B, a dépassé les 1 000 dollars la tonne et ne devrait pas s'arrêter là, selon les traders et les exportateurs.

Les Philippines, gros importateur de ce type de riz, pourraient à elles seules faire monter les prix de 30% d'ici le mois de juin selon les exportateurs thaïlandais. En Asie, la crise alimentaire est clairement un problème plus difficile à résoudre que la crise du crédit.

Les causes et les accélérateurs de la crise
Les causes majeures de cette crise, vous les connaissez. La croissance démographique mondiale est un facteur structurel de la hausse de la demande globale. Conjoncturellement, la demande croissante des pays en développement comme la Chine, l'Inde et le Brésil, l'utilisation des matières premières pour les biocarburants, la hausse des prix de l'énergie, la diminution des réserves mondiales, la spéculation des investisseurs et de mauvaises conditions météorologiques participent de concert à la hausse des prix.

Panique et rush sur le riz pour constituer des stocks
On assiste ainsi à de véritables anticipations auto-réalisatrices qui accélèrent la pénurie. De nombreux acheteurs, y compris nombre de gouvernements, craignant une hausse des prix future et une raréfaction de l'offre, demandent des volumes beaucoup plus importants que ce qu'ils avaient l'habitude de demander, et ce afin de constituer des stocks. Les producteurs et exportateurs sont donc incapables de répondre à ces demandes hors-normes. Ce phénomène amplifie ainsi la hausse des prix et la raréfaction de l'offre...tant redoutée. Ce phénomène a un nom : c'est la panique. En gros, plus le prix monte, plus la demande monte. C'est un cercle vicieux dont actuellement on ne voit pas la fin.

Qui sont les gagnants et les perdants ?
Les principaux perdants dans cette histoire sont évidemment les populations citadines pauvres des pays en voie de développement dont le riz est l'aliment de base. La crise actuelle affame des millions de gens dans le monde et empêche les pays les moins développés de faire diminuer la pauvreté.

Des émeutes de la faim ont déjà éclaté un peu partout dans le monde, à Haïti, en Indonésie, au Bangladesh et en Côte d'Ivoire, créant de l'instabilité politique.

Les principaux gagnants sont les fermiers des pays riches et des pays émergents (Etats-Unis, Brésil, Argentine, Canada, Australie) qui bénéficient de prix record pour leurs récoltes. Bientôt, les fermiers pauvres vont également et de plus en plus profiter des prix croissants.

Les conséquences dramatiques des quotas à l'exportation sur le riz
Outre les émeutes des populations des pays pauvres, une des conséquences immédiates de cette crise est les restrictions des exportations décidées par des pays producteurs. Pour se mettre à l'abri d'une pénurie et privilégier leurs populations locales, certains pays comme l'Inde et le Vietnam rationnent le commerce du riz. Il ya deux jours, le Brésil a aussi momentanément suspendu ses exportations pour assurer son approvisionnement intérieur et stabiliser les prix des produits alimentaires de base.

Plusieurs organisations internationales ont mis en garde ces pays contre ces pratiques, redoutant que la crise alimentaire mondiale s'en trouve aggravée.

La Thaïlande, premier exportateur mondial, n'a toutefois pas restreint ses exportations et explique que la production vivrière soit satisfaisante.

Les agriculteurs thaïlandais vont même tenter de semer une troisième récolte et utiliser de nouvelles terres pour augmenter la production. Cette année, la production thaïlandaise devrait être de 20,4 millions de tonnes (19,6 Mt l'année dernière), dont 55% pour la consommation domestique et 45% destinés à l'export.

Panique dans les grandes surfaces américaines ?
Dans les pays industrialisés aussi la tension est devenue palpable. Dernier symbole en date : certains supermarchés aux Etats-Unis, filiales du groupe de distribution Wal-Mart, souhaitent rationner leurs clients qui achètent en gros, à 4 sacs de 9 kilos par personne.

Du jamais vu aux Etats-Unis depuis la Seconde Guerre Mondiale !

Les perspectives 
Elles sont peu optimistes. Les spécialistes du marché précisent que la spéculation joue un rôle plus important dans la flambée actuelle du riz que dans le cas d'autres matières premières, comme le maïs, le blé ou la graine de soja, qui reflètent davantage l'évolution de l'offre et de la demande mondiale.

Les déséquilibres fondamentaux sont suffisamment importants pour pousser les prix vers le haut. Mais l'emballement actuel est aussi dû à l'opportunisme des investisseurs avides de rendements rapides.

Une correction des prix est nécessaire donc probable. Un retour des prix vers le niveau de 20 $ est envisageable dans les mois qui viennent. Cependant, la tendance long-terme haussière est quant à elle très solide, car générée par des fondamentaux qui mettront des années à se rééquilibrer.
Source : L'Edito Matières Premières 29/04/08

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