Mercredi 1 juillet 2009
Tout d'abord un grand merci à vous fidèles lecteurs et acteurs de ce blog qui après un an et demi d'existence vient de battre de nouveaux records d'audience avec sur le mois de juin avec les statistiques suivantes :

- 8 000 visiteurs uniques (7 985 exactement)
- 17 500 pages vues
- journée record le 30 juin = 1 150 pages vues et 375 visiteurs uniques
- position du blog sur la plate-forme = 422 ème / plusieurs dizaines de milliers

Ce blog est avant tout un lieu de partage de l'information concernant les marchés des matières premières agricoles. Comme vous le savez, je travaille dans la profession agricole, et de ce fait, je ne peux coller directement à l'actualité très dense des marchés, mais depuis plusieurs semaines, je m'emploie à mettre sur pied une équipe de personnes toutes professionnelles dans leurs domaines de compétences respectives afin de mettre en ligne un site Internet dédié à la profession agricole au sens large du terme.
Cela prend plus de temps que prévue (démarches de création, juridique, partenaires, d'organisation etc ...), mais soyez en sûre, je souhaite vous apporter un outil dans l'utilisation que vous pourrez en faire vous apportera pleinement satisfaction.
Nous sommes le 1er jour de la nouvelle année de commercialisation et le blog "Marché des céréales" va continué à vous accompagner en attendant que le relais soit pri par le site portail Internet.
Vous souhaitant une bonne moisson à tous, je vous ai mis un peux de lecture ci-dessous dans vous trouverez les liens et la source en bas de page.
Encore merci à vous fidèles lecteurs.



Les politiques agricoles et la tourmente des marchés mondiaux des matières premières



Intervention prononcée par Lucien Bourgeois, Economiste, Membre de l’Académie d’agriculture, lors de la table-ronde Quelle politique agricole au défi de la crise alimentaire modiale ? du 9 juin 2008.

 

Merci, Monsieur le Président.
Effectivement, le spectacle offert par les marchés agricoles a complètement changé depuis trois ans. Nous nous étions habitués à une certaine morosité de ces marchés. Les prix baissaient assez constamment et un leitmotiv revenait, en particulier en Europe :
« Mais pourquoi s’obstiner à maintenir une agriculture en Europe alors que le Brésil ne demande qu’à devenir la ferme du monde ? »

Une idée prédominait : Les aides à l’agriculture visaient à rendre les exploitants agricoles plus compétitifs afin qu’à terme cette agriculture restructurée puisse se suffire à elle-même et fournir encore un certain nombre de matières premières. Mais nous allions surtout vers une conception paysagère de l’agriculture visant un environnement protégé, des paysages de qualité, une conception d’enfant gâté que je qualifie volontiers de « politique Marie-Antoinette ».

L’Europe était donc très perplexe par rapport à son domaine agricole. La conscience des dettes que nous avions par rapport à l’après-guerre subsistait, mais à mesure que cette période s’éloignait - le mur de Berlin n’est plus qu’un souvenir - l’agriculture était de plus en plus considérée comme un empêcheur de tourner en rond. Chacun se souvient de la célèbre diatribe de Tony Blair en juin 2005 : L’agriculture coûte à peu près 40% du budget européen, il est inadmissible de continuer à distribuer à l’agriculture cet argent qui serait plus utile à la recherche et aux secteurs de pointe !

L’effervescence qui agitait le marché des matières premières industrielles (hausse fulgurante des prix du cuivre, du pétrole, du manganèse, du cobalt etc.) a longtemps contrasté avec la morosité persistante du secteur des produits agricoles. Mais les observateurs ont été rassurés par la hausse observée depuis quelques années, d’abord sur le maïs, ensuite sur un certain nombre de produits. L’année dernière à pareille époque, l’effervescence sur le maïs se propageait au blé puis aux produits laitiers. Cette hausse des produits laitiers a fait ressurgir le spectre de la pénurie mondiale, suscitant un vent de panique renforcé par les prévisions de croissance démographique (on prévoit un accroissement de deux milliards et demi d’habitants). Je rappelle que la situation alimentaire mondiale est assez mauvaise : huit cent cinquante millions de personnes (selon les chiffres de la FAO) souffrent de la faim, deux milliards souffrent de carences alimentaires préoccupantes et, dans nos pays, l’obésité frappe environ un milliard de personnes. Moins de la moitié des six milliards et demi d’habitants sont dans une situation relativement normal. « La poule au pot tous les dimanches » de notre bon roi Henri IV reste un rêve pour beaucoup de personnes dans le monde qui n’ont pas accès aux protéines animales.

L’augmentation des prix des matières premières alimentaires (expliquée par la démographie mondiale, la météo et la forte demande de nos amis chinois), le risque de pénurie mondiale ont suscité l’idée qu’il fallait augmenter la production par tous les moyens, même et y compris avec les OGM, dans tous les pays où c’était possible. La réalité est à mon avis un peu différente de cette idée un peu passéiste de l’agriculture. Le secteur agroalimentaire est encore extrêmement puissant en France, les IAA (industries agroalimentaires) constituent le premier secteur industriel de notre pays et l’Union européenne reste le premier producteur de blé et de lait du monde. Chose plus souvent ignorée, l’Europe a dépassé les Etats-Unis sur le plan des parts de marché mondial en matière d’agroalimentaire. Ceci n’est pas dû aux aides à l’exportation, celles-ci ont en grande majorité disparu et cette conquête par rapport aux Etats-Unis date de 2006.

La cause, évidente pour un étudiant de première année d’économie, est que l’Europe est beaucoup plus spécialisée que les Etats-Unis sur les produits transformés . Ce n’est pas un hasard si Nestlé est la première firme agroalimentaire du monde. Nestlé est la première firme à avoir bien compris le fonctionnement de l’Europe et de la PAC et si elle a maintenu son siège social en Suisse, c’est parce que les Suisses ont compris qu’ils pouvaient, sans payer les inconvénients de l’Europe, en garder tous les bénéfices (en faisant de la surenchère fiscale pour attirer les sièges sociaux).

Je ne les critique pas : ils ont extrêmement bien utilisé la mécanique qu’était la Politique agricole commune pour assurer leur expansion. On peut dire de façon caricaturale que toutes les entreprises agroalimentaires européennes ont bénéficié, grâce à l’aide du contribuable, d’une matière première de qualité européenne au coût mondial.

Revenons sur la cause de la hausse des prix. J’ai regardé les statistiques du marché du blé, du maïs. Quelle n’a pas été ma surprise de constater que 2007 a vu la récolte la plus importante qu’on ait jamais connue. On nous disait que la moisson avait été mauvaise en Europe et que la sècheresse récurrente en Australie devenait de plus en plus problématique. Certes, la moisson a été difficile en Europe mais grâce aux capacités techniques la production n’en a été que peu affectée (à 5% près, on était dans les mêmes quantités que d’habitude). La sècheresse australienne a joué beaucoup plus mais si l’Australie est un grand pays exportateur (les vingt millions d’habitants ne consomment qu’une faible part des céréales produites) en termes de production, l’Australie produit les bonnes années 2% de la récolte mondiale, moins de 1% les mauvaise années. La production australienne, qui peut atteindre parfois trente-cinq millions de tonnes, ne joue donc qu’à la marge. En 2007, l’accroissement de la production de maïs aux Etats-Unis a été de soixante-dix millions de tonnes : en une année le seul accroissement de leur production fait deux fois la production de l’Australie les bonnes années !

La première chose qui m’avait frappé était donc que la récolte n’avait jamais été aussi importante dans l’histoire, certains pays ayant fait de très bonnes récoltes. Quant aux importations chinoises de blé et de maïs, elles avaient diminué tandis qu’elles augmentaient sur le soja. On aurait pu s’attendre à une flambée des cours sur le soja mais non sur le blé et le maïs. C’est oublier que l’Europe et les Etats-Unis pratiquaient depuis un certain nombre d’années une politique très malthusienne par la baisse des prix qui entraînait une volonté de réduire la production. On a donc essayé, par des mesures de régulation de la production, comme le gel des terres, de diminuer la production dans nos pays. Puis, la diminution des stocks - parce qu’ils coûtaient cher – a donné le signal aux spéculateurs de toute la terre, d’où l’effervescence sur ces marchés.

J’ajoute à cela un élément extrêmement important qui a joué en très peu de temps, c’est la décision du gouvernement américain d’affecter à la production d’éthanol une partie (20% à 30%) de sa production de maïs. Les Etats-Unis produisant la moitié de la récolte mondiale de maïs, c’est 10% à 15% de la production mondiale qui est affectée à un usage non alimentaire. Ce fut la cause des « émeutes de la tortilla » au Mexique il y a presque deux ans. Soixante millions de tonnes (affectées par les Américains à la production d’éthanol), c’est la totalité du marché mondial du maïs. On comprend bien que, si une année donnée, au lieu de fournir du maïs pour les aliments du bétail ou pour les tortillas mexicaines, on en consacre une grande partie à la fabrication d’éthanol, ça pèse beaucoup sur le marché. C’est ce qui s’est passé. On a donc vu une montée fulgurante des cours en 2006 qui s’est calmée un peu en 2007 en raison d’une production importante. Mais on assiste à quelque chose de tout à fait étonnant : le prix du maïs a encore augmenté de 30% depuis le début de cette année alors que la récolte n’a jamais été aussi importante dans l’histoire (environ six cents millions de tonnes au début des années quatre-vingt-dix, sept cent quatre-vingts millions de tonnes aujourd’hui, soit 30% de plus).

Malgré cette production abondante, le prix continue à augmenter parce que les Etats-Unis ont annoncé qu’il fallait passer de soixante millions à cent millions de tonnes (soit 1,5 fois le marché mondial). Nous avons eu la chance d’avoir une récolte exceptionnelle en 2007, que se passera-t-il demain si la récolte est normale, voire insuffisante ?

Le marché des produits laitiers a connu une effervescence qui s’est calmée depuis deux ou trois mois. Les prix du beurre et du lait sont revenus à leur niveau de l’année dernière. Le prix du blé, en baisse rapide, est lui aussi, en train de revenir à son niveau de l’année dernière.

L’effervescence est donc relativement cantonnée au maïs et au soja. Cet oléagineux sert en particulier à la fabrication d’aliments du bétail et il a fait partie des importantes augmentations d’importation de la part de nos amis chinois. La Chine a choisi à peu près la même stratégie que l’Europe mais, avec encore moins de terre disponible par habitant que l’Europe, les Chinois ont choisi d’importer les aliments du bétail : très vigilants sur leur sécurité alimentaire, ils n’importent ni maïs, ni blé pour l’alimentation humaine mais beaucoup de produits pour les aliments du bétail.

Le prix du sucre est inchangé depuis plusieurs années parce que le Brésil, premier producteur de sucre du monde, a des capacités de croissance de sa production qui lui permettent de fournir le marché mondial du sucre tout en faisant de l’éthanol.

Quels éléments peut-on retirer de ces observations ?

La suite : http://www.fondation-res-publica.org/Les-politiques-agricoles-et-la-tourmente-des-marches-mondiaux-des-matieres-premieres_a299.html
Vous y trouverez un fichier PDF de l'exposé : http://www.fondation-res-publica.org/attachment/98515/?PHPSESSID=caef3b1c269096dfc0e330c0eedb1cd9

Source : Fondation Res Publica
Lundi 09 Juin 2008
Par Claude
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