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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 07:24

Bonjour, j'espère que vous êtes de bonne humeur ce matin, car j'ai une envie soudaine de vous donner un peu de lecture scientifique, une fois n'est pas coutume.

Suite à la lecture d'un article d'une des revues scientifique (Sciences et Avenir) à laquelle nous sommes abonnés à la maison, j'ai fait une petite recherche sur le Net, et voici l'article sur lequel je suis tombé datan de Janvier 2009.

Bonne lecture ...

 

Un article du Science de cette semaine, de Battisti et al. (des Universités de Seattle et Stanford), fait un petit peu parler de lui en ce moment. Et pour cause: on y parle gros coups de chaud et famines à venir... En effet, les auteurs s'intéressent à l'accroissement futur de température durant la saison agricole (en gros, l'été, boréal ou austral selon le cas) au cours du XXIè siècle: ils notent, d'après les sorties des 23 modèles IPCC, que - c'est bien connu - les températures estivales à la fin du siècle qui vient (ou même avant selon les régions) seront très probablement dans de nombreuses régions plus élevées que ce qui a jamais été mesuré jusqu'à présent (ou plus précisément, la médiane future sera supérieure au maximum actuel). C'est ce qui apparait notamment sur leur figure n°3, qui montre la probabilité pour qu'un été des années 2080-2099 soit plus chaud que le maximum enregistré sur 1900-2006:


La figure n°2 illustre mieux cela, pour 3 régions particulières, France, Ukraine, Sahel (histogrammes d'anomalies de t° estivales, sur une base 1900-2006):



Pour la France, cela revient à dire, comme on vous l'a dit et redit, que la canicule 2003 constituera en 2100, en termes de T°, un été normal...

Là où les auteurs veulent en venir, c'est que cette hausse de température va avoir - à elle seule - des conséquences néfastes sur la production agricole. Boooon... Ce n'est rien de très nouveau là non plus, il y a une abondante littérature à ce sujet - que les auteurs invoquent d'ailleurs, dans un premier temps: il est en effet assez connu que, toutes choses égales par ailleurs, des périodes de forte chaleur, en particulier pendant certaines périodes critiques du développement des plantes (méiose par exemple, ou remplissage des grains) peuvent avoir des effets délétères sur les rendement agricoles. De même des températures plus élevées, simplement en moyenne, peuvent aussi raccourcir le cycle cultural de la plante, donc la durée d'assimilation, donc le rendement final. Bref, les effets sont nombreux, on pourra voir à cet effet parmi les articles cités Wheeler et al (2000) ou Barnabas et al (2008) pour des reviews.
Là où ca devient plus étrange, c'est qu'au lieu de partir de ces travaux agronomiques et d'en dériver une modélisation quantitative de l'effet du réchauffement futur sur les récoltes, Battisti et Naylor préfèrent se fonder sur une petite analyse historique d'évenements pour lesquels, selon eux, on isole empiriquement, à grande échelle, une réduction des rendements due principalement à de fortes températures pendant la saison culturale - c'est-à-dire des évenements pour lesquels les précipitations, notamment, restent par ailleurs quasiment normales.
Ils prennent ainsi trois évènements historiques:
- la canicule 2003 en France (-30 et -21% en mais et blé respectivement)
- l'été 72 en URSS : idem, très chaud, -13% en blé.
- le Sahel aujourd'hui, où après la sécherres des années 70-80, les pluie sont revenues à la normale, mais pas les rendements agricoles: les auteurs blament pour cela la hausse, concomittante, des températures.
Et voilà: Battisti et al ne font pas de projections explicites en termes de production agricole - ils restent dans le qualitatif, et se contentent, donc, de noter que 1) il va faire plus chaud ; que 2) quand il a fait très chaud à notre époque, déjà, les rendements se sont cassés la figure; donc 3) moralité, la hausse de T° estivale attendu avec le réchauffement climatique va sérieusement mettre à mal la production agricole - et ce de façon assez globale qui plus est.  

Quoi ?? c'est tout ? Eh ben oui... - à ce compte là, je connais un paquet de discussions de comptoir à la sortie des labos qui pourraient se transformer en papiers dans Science...
Qu'on ne se méprenne pas: il ne s'agit absolument pas de nier que des températures estivales plus élevées posent à l'avenir un problème certain à l'agriculture, bien au contraire; simplement, il n'y ici rien de nouveau (il n'y a guère que Science qui n'a jamais dû entendre parler auparavant de stress thermique des plantes, ce qui explique sans doute pourquoi il croit intéressant de publier cette étude - ca, plus tout le petit laius, si usuel qu'il en devient irritant, sur la vulnérabilité des sahéliens, les considérations géopolitiques, le "need for adaptation", etc... ) et, surtout, la "méthode" - si on peut dire - pour le démontrer, est très peu convaincante...

Bon, leur point 1 n'est pas contestable: il va faire plus chaud à l'avenir - les projections de T° sont assez consensuelles - on pourrait juste observer que leur figure3 (la premiere ci-dessus) est un peu trompeuse: la probabilité que la médiane future dépasse le max actuel est plus grande dans les tropiques car la variabilité dans les Tropiques justement est limitée aujourd'hui, vu qu'il y fait chaud de façon assez régulière (cf le graph pour le Sahel sur la fig.2) - mais bon je crois qu'ils le disent qqpart...
Leur point 2, par contre, est bien plus criticable: pour commencer par leur dernier exemple, avancer que les rendements actuels au Sahel, en mil, sorgho ou en maïs, stagnent, malgré le retour des pluies, à cause des T° qui ont augmenté, là il faudrait etayer un peu plus qu'avec une simple citation de l'ONU, parce que 1) ce n'est toujours vrai (la stagnation) - 2) là où ca l'est on peut penser à beaucoup de raisons plus convaincantes... Ensuite, l'effet de fortes températures restent quand même, bien évidemment, conditionné aux précipitations. Or, les canicules d''Europe 2003 et Russie 72, même si elles ne furent pas exceptionnelles en termes de déficit hydriques, correspondent quand même à des été secs. On ne peut rien dire, par exemple, de ce qui se serait passé avec des précipitations supérieures... autrement dit, pour isoler un peu plus précisément un "effet T°", il aurait sans doute fallu recenser davantage d'évenements avec des précip différentes.
Ce qui nous amène aux point 3): justement rien ne dit, a priori, que dans le futur T° et précipitations resteront associés de la même façon qu'aujourd'hui - par exemple,  à la dernière AGU Rust et al montraient que les "types de temps" (grands ensembles de conditions météo) sur l'Europe, tels que simulés par les modèles Ipcc, devenaient différents dans le futur. Autrement dit, rien ne garantit que l'été moyen vers 2100 sera simplement une répétition continue, pour l'ensemble des variables météo, de la canicule 2003... Ou du moins il serait bon de fouiller un peu plus les modèles à ce sujet. Par conséquent, il est contestable d'extrapoler ainsi directement au futur l'effet agricole - qui est une fonction intégratrice du climat pour le moins complexe - d'anomalies chaudes actuelles, a fortiori à partir de simplement 2 exemples particuliers. Quant aux Tropiques, les projections de précipitations y sont hautement incertaines, jusqu'au signe de l'évolution (voir ce graph zonal de Douville et al 2005, que j'avais mis et que je remets ici: c'est le plot au milieu à droite, "land only") - délicat dans ce contexte de vouloir parler d'un futur effet T°.



Bref - les auteurs passent également très rapidement sur les gains potentiels liés au réchauffement dans les régions où le développement des plantes est limité par les T° ; de même qu'ils passent vite sur les possibilités d'adapter les sytèmes de cultures au fil du temps, de sorte que l'effet de l'état moyen climatique dans un siècle ne sera pas celui d'une anomalie climatique "équivalente" aujourd'hui...

Je trouve donc étonnant - pour ne pas dire plus - que ce papier, tel quel, soit passé dans Science, puisque de par son aspect simplement qualitatif, il n'apporte rien de nouveau... même si c'est un rappel toujours utile sur le sujet, et qu'on peut difficilement être "contre" ce genre d'avertissement...
Bon, critiquer est facile, dira-ton: mais qu'aurait-il fallu faire, alors ?
En toute rigueur, il faudrait essayer de rendre compte précisément du stress thermique dans un modèle agronomique mécaniste, de le valider (par exemple ca), de forcer ce modèle agro avec des scénarios climatiques (contenant donc toute l'information climatique, celle sur les T° mais aussi sur les autres variables d'intérêt) de façon "propre" (c'est-à-dire en faisant attention aux différences d'échelles entre modèle climatique et agronomique, voir ca, ca ou ca) et en faisant des ensembles de simulations pour évaluer les incertitudes (par exemple ca), de répéter l'opération pour les principales cultures, etc... bref, toutes choses fastidieuses sur lesquelles s'échine la communauté "impacts" du changement climatique - mais qui, visiblement, ne sont pas nécessaire pour faire un papier dans Science quand on n'a pas envie de se casser la tête: un peu de science "avec les mains" sur un sujet porteur suffit...

Source : Blog ICE, article du 15/01/09 http://iceblog.over-blog.com/article-26702658-6.html 

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commentaires

antoine51 03/08/2010 18:20


Bonjour à tous,

@ Claude,

Je te propose un site qui est tenue par MR Jacques DURAN
maintenant retraité mais qui fut Directeur de Recherche de première classe du CNRS en retraite depuis 2004, ancien Directeur des Etudes (1996-2003, maintenant Honoraire) de l'Ecole Supérieure de
Physique et Chimie de Paris (ESPCI), auprès de Pierre-Gilles de Gennes, et ancien Vice-Président, Chargé de la Recherche, de l'Université Pierre et Marie Curie (1986-1992).......

Voici l'adresse de son site:

http://www.pensee-unique.fr/

Des heures de lecture mais c'est vraiment très très intéressant.
Et très franchement, je me demande si ce n'est pas lui qui est sur la bonne voie...au moins pour le C02...l'avenir nous le dira LOL


Claude 03/08/2010 22:18



Eh, excellent, je le mets de côté, car en ce moment un petit de boulot avec le projet.


 


Merci à toi Antoine51.


Et au fait hier, vous étiez 1 265 à vous connecter sur Marché des céréales.


Merci à vous tous pour l'animation de ce blog.



michel 03/08/2010 10:26


tu devrais lire le livre claude allegre