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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 23:12

Décidément, on ne s’ennuie jamais avec les matières premières. Il y en a toujours quelques-unes qui grimpent en flèche, pendant que d’autres piquent du nez ou marquent une pause salutaire.

C’est aujourd’hui au tour du maïs de battre record sur record. Dernier en date : 7,21 $ le boisseau hier sur le Cbot, livraison juillet. Soit une hausse de 22% en 15 jours, 81% depuis le début de l’année et 125% depuis août dernier.

"C’est déjà un désastre !"
Nous devons ces propos à un scientifique de l’Université de l’Iowa, spécialisé dans l’agriculture. De quoi parle-t-il ? De la nouvelle récolte de maïs... et je crains fort que son constat soit juste. Approfondissons...

Les Etats-Unis, de loin premier producteur mondial de maïs
Comme vous le savez, les USA sont de très loin le plus gros producteur mondial de maïs. L’état de l’Iowa produit à lui seul 8% du maïs mondial. L’Illinois réalise environ 7% de la production mondiale ! C’est énorme. Et comme vous le savez déjà, la nouvelle saison a bien mal commencé aux Etats-Unis.
Etant donné les prix élevés du blé et du soja ces derniers mois, les agriculteurs américains ont décidé de consacrer plus de terres à ces cultures plus rentables, au détriment du maïs.

Autre facteur qui a joué en défaveur du maïs : il est très coûteux à faire pousser, nécessitant beaucoup d’engrais (dont les prix se sont envolés) et beaucoup d’eau.
Résultat des courses : le plus gros producteur mondial de maïs a réduit de 8% ses surfaces consacrées au maïs. Au moment même où la demande croît significativement.
Or qui dit moins de surfaces disponibles pour le maïs, dit production moindre et donc hausse des cours. C’est mathématique et aucun spéculateur ne laissera échapper une telle opportunité.
Mais il n’y a pas que cela...

Des emblavements qui s’éternisent
Le sort a décidé de s’acharner sur le maïs. Impossible de semer en temps et en heure. Il pleut des cordes, les inondations font rages -- les semis sont reportés de semaine en semaine.

Le problème ? Lorsque les plantations ne sont pas terminées fin avril, le rendement s’en ressent, la pollinisation ne pouvant avoir lieu de façon optimale.
Or au 11 mai dernier, seulement la moitié du maïs était planté ! Par comparaison avec les cinq dernières années, 71% du maïs en moyenne était planté à la même période.
Nous sommes en retard, c’est un fait. Et ceci aura des conséquences sur la récolte.

Dame Météo toujours aussi capricieuse
Les agriculteurs ont beau rêver d’une météo plus clémente, rien n’y fait. Aucune amélioration n’est constatée, malgré l’été qui approche.

Le temps est détraqué et la corn belt reste inexorablement sous la pluie. En plus du Nebraska, du Minnesota et de l’Indiana, c’est au tour des deux plus gros états américains producteurs de maïs de littéralement se noyer sous la pluie, avec des chutes d’eau 37% supérieures à la moyenne pour l’Iowa et de 45% pour l’Illinois.

Les engrais sont lessivés
Les pluies sont tellement intenses qu’elles humidifient massivement la terre. Du Dakota sud à l’Ohio, jamais en cette période la terre n’avait été aussi humide depuis 40 ans. Or l’humidité excessive entraîne entre autre le pourrissement.
Mais surtout, ces trombes d’eau lessivent les engrais (si coûteux ! Vous n’imaginez pas à quel point le prix des engrais s’est envolé !).

Forcément, les rendements sont attendus en perte de vitesse
Selon l’USDA, seulement 78% du maïs planté a "percé" contre 92% l’an passé à la même époque.
Les experts réduisent donc déjà de 10% leurs prévisions de production de maïs aux Etats-Unis. Et à condition que les conditions climatiques se normalisent.

La Chine n’est pas épargnée
Les Etats-Unis ne sont pas seuls à souffrir ! La Chine, second plus gros producteur mondial de maïs (avec 149 millions de tonnes) est elle aussi confrontée à des pluies incessantes et des températures bien trop fraîches pour la saison.

Alors quand on vous dit que la production mondiale devrait s’afficher en hausse par rapport à l’année 2007, je vous conseille de prendre ces estimations avec la plus grande prudence. Surtout que la Chine -- historiquement exportatrice de maïs -- est en train de réduire drastiquement d’année en année ses exportations.
A tel point qu’elle pourrait même devenir importatrice nette dès cette année !
Voilà de quoi déséquilibrer un peu plus le commerce international du maïs et par ricochet... son cours !

Je crains fort que le prix du maïs ne reste orienté à la hausse cette saison
Face à une production en souffrance, la demande reste forte.
Car la faiblesse du dollar dope les importations (c'est-à-dire les exportations de blé US), effet d’aubaine oblige.

Et avec l’accroissement du pouvoir d’achat des populations de la région Asie, la demande en viande grimpe en flèche. Or pour nourrir les élevages toujours plus nombreux, il faut du maïs ! Là aussi la pression est énorme.
Quant à l’envolée du cours du pétrole, il rend l’éthanol (fait à partir du maïs) plus attrayant que jamais. Cette industrie écologiquement destructrice connait une croissance à deux chiffres et aggrave dramatiquement les déséquilibres sur le marché du maïs.
Quant au niveau des stocks, on attend les estimations de l’USDA qui devrait les revoir... à la baisse.

Blé, maïs, même combat ?
Voilà pourquoi je pense que nous allons probablement revivre avec le maïs ce que nous avons vécu récemment avec le blé qui avait gagné 170% en quelques mois.

Source : L'Edito Matières Premières du 12/06/08

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